La deuxième édition du Panorama du pro bono a donné lieu à une restitution le 4 avril 2019, à la mairie du 3ème arrondissement. Génération2 y était et vous livre un aperçu des pratiques, perceptions et besoins liés au partage de compétences en France.

Spécialiste de l’engagement par le bénévolat ou mécénat de compétences, Pro Bono Lab, en partenariat avec l’Ifop, a réalisé une enquête nationale sur un échantillon de 1500 Français, entre novembre 2018 et février 2019. Les questionnaires en ligne, administrés aux parties prenantes du pro bono, et les entretiens semi-directifs ont permis de répondre aux trois objectifs de l’étude : estimer la notoriété du pro bono auprès du grand public et de ses parties prenantes, analyser les pratiques des acteurs qui s’engagent ou bénéficient du pro bono en France, et identifier les besoins en compétences ainsi que les leviers et contraintes pour développer le pro bono auprès des structures à finalité sociale.

Pour rappel, le pro bono – “pour le bien” en latin – désigne l’engagement volontaire de personnes qui mettent leurs compétences au service d’une personne physique ou morale, qui n’a pas les moyens (techniques ou financiers) d’y accéder et/ou qui poursuit un but d’intérêt général. Ainsi il correspond, à la fois, au mécénat de compétences, mise à disposition des compétences réalisée sur le temps de travail, et au bénévolat de compétences, qui a lieu sur le temps personnel du collaborateur.

Le pro bono, une réponse à la quête de sens

Les résultats de l’enquête ont confirmé les hypothèses de départ. Face aux grands défis sociaux, sociétaux et environnementaux actuels, le pro bono est, à la fois, un moyen pour construire du commun, une solution concrète de mobilisation collective pour bâtir un avenir meilleur, et un but en soi pour qui souhaite s’engager et développer ses compétences.  

C’est pourquoi 80% des Français interrogés plébiscitent le pro bono et considèrent que les pouvoirs publics et les entreprises doivent encourager cette pratique. Car dans les faits, minoritaires sont encore les Français qui se sont déjà engagés pour partager leurs compétences : ils représentent 30% des personnes interrogées, et, caractéristique notable, il s’agit surtout d’individus qui pratiquent le bénévolat dans d’autres contextes. Les entreprises et les pouvoirs publics ont donc un rôle à jouer pour faire connaître le pro bono, inciter à cette pratique et mettre en relation les différents acteurs.

Les principales motivations des personnes déjà engagées en pro bono – appelées “les volontaires” – sont la volonté d’aider les autres (85,5%), le désir d’être impliqué dans la vie locale (75,5%) et de soutenir une cause qui leur tient à coeur (52%). Le désir d’être impliqué dans la vie locale arrive également en première position des raisons pour lesquelles les Français non volontaires se disent intéressés par le pro bono. Cela montre, qu’au-delà de la cause soutenue, la volonté de s’engager correspond surtout à une volonté de faire vivre les structures à finalité sociale locales. Cela correspond aux tendances de fond de la société, à savoir que l’engagement, sous toutes ses formes, a plus de sens pour les bénévoles lorsqu’il est ancré localement, car visible et concret.

ll est intéressant de noter que, parmi les freins au pro bono, les volontaires et les Français non engagés, identifient en premier lieu le manque de temps – respectivement 54,5% des volontaires et 36% des Français. De même, un quart des volontaires et 16% des Français non engagés ont, respectivement, du mal à entrer en contact avec la structure bénéficiaire, ou ne savent pas à quelles structures s’adresser. Preuve à nouveau est faite du rôle que peuvent jouer les entreprises et les pouvoirs publics dans l’incitation au pro bono et la mise en relation des parties prenantes.

Une ressource essentielle à développer pour les structures à finalité sociale

Et ce, d’autant plus que les structures qui poursuivent un but d’intérêt général sont très demandeuses d’un accompagnement et d’un partage de compétences. En effet, 82% des structures à finalité sociale ont un ou plusieurs besoins en compétences, et 95,5% de celles qui ont bénéficié de pro bono pensent que le développement de cette pratique serait utile pour l’ensemble du secteur.

Ces chiffres s’expliquent par le triple intérêt que représente le pro bono pour les structures à finalité sociale. Il permet, tout d’abord, de pallier la baisse drastique des subventions publiques; il est ensuite un moyen pour toucher davantage de bénéficiaires. Enfin, en interne, le pro bono comporte un aspect professionnalisant indéniable via le transfert de compétences qu’il induit. En d’autres termes, si les associations vivent, par définition, de l’engagement citoyen, cet engagement est aujourd’hui plus que nécessaire car le défi est de faire plus – remplir des missions d’intérêt général, répondre à des appels à projets concurrentiels, etc. – avec moins – baisse des subventions publiques.

Une réponse originale aux enjeux actuels de l’entreprise

Pour les entreprises le pro bono apparaît, également, à bien des égards, comme une réponse originale aux défis auxquels elles sont confrontées, bien qu’il ne soit pas suffisamment valorisé ou proposé. En effet, 20% des entreprises mécènes en France proposent à leurs collaborateurs de mettre leurs compétences au service de causes d’intérêt général (Baromètre du mécénat d’entreprises 2018, Admical/CSA); il y a néanmoins une progression encourageante de 9 points entre 2016 et 2018.

Dans un contexte où les collaborateurs sont de plus en plus indifférents à leur entreprise, le pro bono peut être un facteur majeur d’attachement à l’entreprise et permet d’accroître le sentiment d’appartenance. Il apparaît alors comme une réponse pertinente aux enjeux RH/micro de l’entreprise pour au moins trois raisons. Fort de son expérience, le collaborateur revient enrichi et peut apporter un regard différent sur son travail; le pro bono est également une manière de préparer en douceur un départ à la retraite; enfin, l’engagement dans une structure à finalité sociale comporte un enjeu fort de marque employeur. En prenant davantage de hauteur, le pro bono est aussi une réponse innovante aux enjeux macro de l’entreprise. Il permet de s’ouvrir à son écosystème, de mieux connaître ses parties prenantes et d’avoir un ancrage territorial fort.

Les collaborateurs eux-mêmes souhaitent que leur entreprise leur permette de s’engager davantage, en grande majorité sur leur temps libre (81% des actifs français interrogés), mais également sur leur temps de travail (¼ des actifs interrogés). A terme, l’objectif sous-jacent est d’induire un changement des rapports et du rôle de l’entreprise dans la société : le pro bono tend à faire de l’entreprise un lieu d’innovation sociale, un incubateur d’intrapreneuriat social.

Ainsi, au-delà des enjeux pratiques et techniques pour les structures à finalité sociale, et des gains personnels et relationnels pour les volontaires, le pro bono se présente comme un véritable projet de société pour faire avancer les grandes causes d’intérêt général. C’est le sens du manifeste de Pro Bono Lab “Toute compétence est un bien public”. Le partage de compétences permet de renouer le dialogue dans la société, de confronter différentes visions pour faire ensemble et penser un avenir meilleur.