La Ferme Digitale organisait vendredi 7 juin la troisième édition du LFDay, un événement dédié à la tech dans le secteur agricole et alimentaire. Cette année, c’est la transition alimentaire et agricole qui été mise à l’honneur.

La Ferme Digitale est une association fondée par 5 start-ups, dont l’objectif est de promouvoir l’innovation et le numérique pour une agriculture performante et durable. Elle rassemble aujourd’hui 25 start-ups qui construisent le monde agricole de demain.

3 points-clés à retenir du LFDay 2019 :

La transition alimentaire et agricole : un enjeu politique, démographique et environnemental

“La défi alimentaire est le plus vieux enjeu du monde” d’après Sébastien Abis, directeur du Club Demeter et chercheur à l’IRIS. La problématique agricole et alimentaire est un enjeu clé de notre siècle. Face à une population mondiale qui va atteindre 9,8 milliards d’individus en 2050, la sécurité alimentaire doit être assurée. Pour cela, la production agricole doit doubler sans pouvoir dépasser une croissance de 4% des surfaces agricoles. Notre mode de production n’est pas encore adapté aux problématiques de demain. Le défi est de pouvoir produire pour tous, en quantité suffisante mais aussi en qualité.

Les États sont conscients de l’enjeu que représente la transition agricole. Tous maintiennent ou consolident des politiques alimentaires car elles assurent la stabilité politique et démographique. Aujourd’hui, la société doit s’adapter aux nouveaux enjeux démographiques et environnementaux en accélérant la transition agricole et alimentaire. Cela nécessite d’abord de prendre en compte les différents enjeux (démographiques, sanitaires, climatiques, etc), de repenser nos manières de raisonner en favorisant le “faire ensemble”, puis enfin d’innover.

De plus, les problématiques agricoles et alimentaires renvoient à la plupart des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies (faim “zéro”, bonne santé et bien-être, consommation et production responsables, etc.) puisqu’elles sont liées aux enjeux sociaux et environnementaux. En effet, l’agriculture impacte l’environnement en fonction des modes de production et l’alimentation influe sur les problématiques sociales.

Les modes de production et de consommation évoluent

De plus en plus, les consommateurs souhaitent manger des aliments sains pour eux mais aussi pour l’environnement. Ce phénomène est notamment visible à la croissance des produits bio dans nos supermarchés ou dans les restaurants.

Les acteurs du secteur agroalimentaire développent des gammes de produits bio. Par exemple, Carrefour, à travers son programme Act for Food, expérimente des rayons de fruits et légumes bio en fonction des saisons : tomates et courgettes ne sont disponibles qu’en été. Autre exemple, Danone a pour objectif d’atteindre 100% d’aliments produits par une agriculture régénératrice d’ici 2025. L’agriculture régénératrice est une forme d’agriculture qui respecte le bien-être des sols et des animaux.

Malgré les changements de comportements, une planète entière peut difficilement se nourrir que de produits de haute gamme. C’est pourquoi il faut pouvoir répondre à la diversité de qualité de la demande tout en s’assurant un minimum d’impacts négatifs.

Le secteur agricole se numérise

Le secteur agricole se modernise en s’appuyant sur le numérique. Depuis 6 ans, 13 milliards de dollars ont été investi dans l’AgTech (la technologie dans l’agriculture), dont 5 milliards l’an dernier (Digital Food Lab). La majorité des investissements sont américains (46%) et chinois (36%). L’Europe représente 10% de ces investissements et la France seulement 1,5%. Le secteur de l’AgTech intéresse les Etats mais aussi les entreprises : les GAFA investissent également dans la data pour le monde agricole.

En agriculture, le numérique présente plusieurs intérêts. Il favorise une production plus efficace et respectueuse grâce à la diffusion d’informations, de bonnes pratiques entre agriculteurs. Il aide aussi à informer les consommateurs sur les produits qu’ils consomment (provenance, mode de production, fraîcheur, gestion des déchets, etc).

Le numérique permet de mieux analyser la biodiversité des sols, et ainsi de produire plus et mieux, favorisant l’essor de l’agro-écologie. En récoltant des données numériques, des machines sont capables de savoir où arroser et où mettre de l’engrais. Comme l’a affirmé Bruno Parmentier, auteur et consultant présent au LFDay, “il faut traiter le champ au mètre carré et non à l’hectare”.

La blockchain est une autre technologie numérique qui répond à la demande des consommateurs : s’ils connaissent l’historique des produits qu’ils achètent, les consommateurs sont prêts à payer un prix plus élevé. Ce qui importe, c’est donc le full transparency (transparence absolue) qui apporte un gage de qualité du produit et de valeurs sociales lorsque l’on cherche à consommer éthique. Dans cette logique, IBM a créé Food Trust qui utilise la blockchain pour tracer, certifier les produits et permettre l’accès aux données et la mise en contact avec les acteurs de la chaîne de production.

Les outils numériques ne constituent cependant pas une solution miracle. Les outils d’aide à la production agricole ne sont pas toujours adaptés à tous les types de terrain ou de climat. L’accès à un nombre croissant de données a tendance à inonder sous l’information les producteurs aussi bien que les consommateurs. Certains agriculteurs s’inquiètent de voir leurs données récupérées et exploitées par de grandes entreprises et ont le sentiment de perdre le contrôle de la chaîne de valeur. Il est donc important que les outils technologiques développés au service de l’agriculture et de la transition alimentaire tiennent à la fois compte des enjeux environnementaux et des enjeux sociaux. C’est une des missions du Social Good Accelerator EU qui promeut la collaboration entre innovation technologique et innovation sociale à l’échelle européenne.