Accroissement des inégalités, réchauffement climatique, pollution plastique, crise des réfugiés. Ces problèmes incarnent les limites structurelles de notre système économique. C’est pour défendre un modèle inclusif, démocratique, et soucieux de son impact social et environnemental que se sont réunis les 3 et 4 septembre les participants aux Universités d’Été de l’Économie de Demain (UEED).

Organisé par le collectif « NousSommesDemain », cet événement a rassemblé les acteurs de l’économie sociale et solidaire mais aussi les représentants de l’économie classique et les pouvoirs publics. L’objectif : dessiner les contours de l’économie de demain. Un enjeu majeur des UEED était donc pour l’ESS d’embarquer les acteurs de l’économie traditionnelle vers un modèle plus durable.

L’appel à un rôle renforcé de L’État

Les participants de l’UEED ont appelé L’État à encourager le développement du secteur de l’ESS, l’engagement des entreprises et la transition écologique, notamment via la fiscalité. L’année écoulée a montré que l’État pouvait aller plus loin. La loi Pacte a véhiculé des espoirs chez les acteurs de l’ESS qui espéraient un soutien massif à l’économie d’intérêt général. Mais ceux-ci ont rapidement été déçus, comme nous l’ont notamment témoigné Thierry Beaudet de la Mutualité française et Jonathan Jérémiasz du MOUVES. La possibilité pour une entreprise de devenir une entreprise à mission afin d’intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans son modèle économique a marqué un pas en avant, accompagné d’un risque de dérive dans la mesure où ce statut n’est pas contraignant. La baisse du taux de défiscalisation du mécénat de 60 % à 40 % pour les sommes qui excèdent les deux millions d’euros de dons n’a pas non plus réjoui les acteurs de l’ESS.

Les collectivités locales sont également interpellées par les acteurs de l’ESS, afin de soutenir davantage l’innovation sociale sur leur territoire, que ce soit par la subvention, l’appel à projet ou la commande publique. Les intervenants soulignent en effet les difficultés des entreprises sociales à se faire financer, forcées d’entrer en concurrence à cause du manque d’investissement dans le secteur. Les collectivités ont d’ailleurs également un rôle à jouer pour favoriser la co-construction plutôt que la concurrence en développant et pérennisant les Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE), qui permettent de rassembler les acteurs du territoire en une structure commune.

Favoriser les collaborations et partenariats 

Un enjeu majeur des UEED était en effet de favoriser la collaboration, de mettre en contact les divers acteurs de l’économie, pour qu’ils bénéficient de leurs complémentarités, partagent leurs connaissances et créent un véritable écosystème. Hugues Sibille du Labo ESS encourage par exemple les grandes associations à se mettre en relation avec des entrepreneurs sociaux pour être au plus proche des innovations sociétales. Cette collaboration doit aussi permettre de porter une voix commune, de dépasser les différences pour se concentrer sur des objectifs communs.

Dépasser les différences pour porter une voix commune

De ces universités, sept propositions concrètes ont émané. Votées par les participants pour accompagner et accélérer la transformation des entreprises, elles ont été présentées aux pouvoirs publics. Cependant, la faible participation d’acteurs de l’économie traditionnelle et de représentants des pouvoirs publics aux UEED témoigne du chemin qui reste à parcourir pour que l’économie de demain soit plus responsable.

Les sept propositions pour accompagner et accélérer la transformation des entreprises : 

  • Proposition 1 : Obliger à la publication des impacts environnementaux et sociaux comme des impacts économiques sur les 4 piliers d’action (partage du pouvoir, partage des richesses, impact environnemental et impact social)
  • Proposition 2 : Un bonus/malus climatique et social pour prendre en compte l’impact des entreprises dans leur taux d’imposition.
  • Proposition 3 : Une TVA réduite sur les produits fabriqués localement dans le respect de la planète.
  • Proposition 4 : Structurer un comité « raison d’être transverse » qui définit annuellement un objectif qui représente une part de la rémunération variable ou de l’intéressement / participation suivant le niveau d’achèvement.
  • Proposition 5 : Co-construire une Grande École de Demain pour former les décideurs aux bonnes compétences, business & sociales & environnementales.
  • Proposition 6 : Mesurer l’empreinte territoriale des entreprises avant d’allouer des marchés publics.
  • Proposition 7 : Intégrer des critères d’impact social et environnemental dans les aides accordées aux entrepreneurs de la Tech (exemple du Crédit Impôt Recherche et du statut Jeune Entreprise Innovante).

 

Hélène Saint-James