Philanthropie et financement des ODD

//Philanthropie et financement des ODD

Philanthropie

Forum Mondial Convergences Palais Brongniart – 5 septembre 2017

Les Objectifs du développement durable (ODD), validés par l’ONU en 2015, présentent des caractéristiques novatrices par rapport aux objectifs du millénaire. Ils sont reliés entre eux et universels. En servant de cadre de référence commun, ils sont à utiliser comme un outil d’apprentissage collectif et de mobilisation et permettent ainsi aux différents acteurs de la société de mieux se coordonner. Tandis que les fondations philanthropiques ont pendant longtemps évolué à l’écart ou en parallèle des autres acteurs du développement, leur contribution est de plus en plus reconnue. Elles jouent un rôle considérable dans la promotion et le soutien du développement durable, notamment en facilitant les partenariats multi-acteurs et en testant des approches innovantes.

ODD et Fondations

À travers le monde, les fondations, qu’elles soient établies par des personnalités, des familles ou des entreprises se mobilisent à présent autour des ODD. Nombre d’entre elles ont aligné leurs priorités et activités sur les ODD et des plateformes ont vu le jour pour favoriser les synergies entre acteurs, telles que le Réseau de fondations travaillant pour le développement de l’OCDE (netFWD), la SDG Philanthropy Platform ou la European Venture Philanthropy Association (EVPA). Néanmoins, en France, bien que les entreprises intègrent de plus en plus les ODD et leurs indicateurs à leur stratégie de Responsabilité Sociétale et que les réseaux de philanthropie s’organisent, les ODD ne sont que trop rarement au centre de la structuration des programmes de mécénat.

Les attentes qui reposent sur les fondations et les ressources financières qu’elles pourraient apporter à la mise en œuvre des ODD sont de taille. Leurs ressources sont souvent considérées comme étant sans limites et les gouvernements les voient parfois comme des relais pour combler le financement nécessaire à l’atteinte des ODD. La réalité est néanmoins tout autre, puisque la grande majorité d’entre elles travaillent avec des budgets ne dépassant pas les quelques millions. Ainsi, bien que la contribution financière de la philanthropie au développement ait énormément augmenté ces quinze dernières années, elle reste mineure par rapport à d’autres sources de financement, tels que les transferts aux migrants, les investissements étrangers et l’aide publique au développement (APD). En effet, entre 2013 et 2015, l’OCDE estime que le financement provenant des fondations s’est élevé en moyenne à 7.6 milliards $ par an, tandis que l’APD a été de 169.5 milliards $ par an.

Pourtant, leur considérable force de mobilisation et leur indépendance font des fondations des acteurs capables d’accélérer l’atteinte de bon nombre d’ODD et de contribuer de manière significative à l’ODD 17 : ‘Partenariats pour la réalisation des objectifs’. D’une part, elles peuvent construire des ponts entre le secteur public et le secteur privé et ainsi servir de catalyseur de l’action collective. De plus en plus de fondations forment des coalitions multi-acteurs visant à co-construire des projets, en assurer la mise en œuvre commune, tout en mutualisant les ressources. D’autre part, leur flexibilité et agilité par rapport aux plus gros bailleurs publics leur permet de pouvoir financer l’innovation sociale. C’est notamment le cas de la Fondation Novartis qui a développé un système innovant de télémédecine au Ghana, en partenariat avec le ministère de la Santé, le gouvernement du district et des entreprises telles Sony Ericsson et Airtel, visant à améliorer l’accès aux soins des populations rurales.

Conclusions de la conférence au Forum Convergences

La conférence ‘Philanthropie et financement des ODD’* au Forum Convergence a abordé en outre les questions de la transparence des fondations par rapport à leurs financements, mesures d’impact et leur partage des données. Ces dimensions, sur lesquels des progrès sont encore attendus, sont devenues essentielles dans le cadre de l’Agenda 2030 sur le développement durable, et notamment par rapport au Programme d’action d’Addis-Abeba et à la mesure des ODD.

Aujourd’hui, les citoyens attendent beaucoup des entreprises (ou chefs d’entreprises) sur les ODD. En France, selon le  rapport Dagobert-Influentia de 2017, 77 % des Français estiment ainsi que les entreprises ont le pouvoir de mener des actions sociales là où les pouvoirs publics sont aujourd’hui bloqués. Les Fondations et philanthropes ont donc une place incontournable et les intervenants ont ainsi exposé leurs expériences et bonnes pratiques en terme d’action philanthropique dans le financement et l’implémentation des ODD, en développant notamment des exemples de coalitions comme les Fondations actionnaires telle que la Robert Bosch Stiftung ou les partenariats public privé.

En conclusion, la philanthropie n’est plus seulement du don mais les philanthropes veulent de plus en plus s’engager et les ODD leur donne un cadre idéal. Cependant, il faut être sûr que ces nouveaux modèles de philanthropie ne se dispersent pas et restent fondés sur des besoins et sur des mesures d’impact. Pour cela, la diffusion des données est fondamentale car comme le dit Aaron Sherinian “we are not in competition when it is about fighting poverty”.

 

 

*Étaient présents à cette conférence Claire DOUCHY, Responsable des offres philanthropiques et investissements socialement responsables, Société Générale, Olaf HAHN, Vice Président Principal, Directeur de « Education Sub Saharan Africa » de la Robert Bosch Stiftung, Tonika HIRDMAN, Directrice générale, Fondation de Luxembourg, Bathylle MISSIKA, Conseillère principale du Directeur et Chef de l’unité des partenariats et réseaux du Centre de Développement de l’OCDE et Aaron SHERINIAN, Directeur communication, Aga Khan Foundation

2017-12-07T16:58:16+00:00 16/10/2017|Actualités|