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Manifeste2018-01-18T13:18:25+00:00

Manifesto

 

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Pour un dispositif européen de co-innovation technologique et sociale

 

A : Mariya Gabriel, Commissaire européenne pour l’économie et la société numériques, et responsable de la DG Connect, la direction-générale chargée des politiques liées à la technologie

L’Europe compterait 2 millions d’entreprises d’économie sociale, représentant 10% de toutes les entreprises de l’UE. Plus de 11 millions de personnes – environ 6% des salariés de l’UE – travaillent pour des entreprises d’économie sociale. Le progrès technologique et numérique doit les intégrer, s’en inspirer et accompagner leur mission sociale, plutôt que de renforcer les inégalités sans apporter de solutions. Avec l’appui des institutions européennes et des dispositifs dédiés.

Entre précarisation et destructions d’emplois, attitude peu citoyenne au regard de l’impôt, atteinte à la vie privée, le secteur tech et numérique est accusé de bien des maux. Le progrès technologique favoriserait l’accroissement des inégalités de tous ordres : il concentrerait la richesse et les technologies dans les mains de quelques uns, les compétences chez les plus diplômés etc. La connaissance et la vérité ne seraient accessibles qu’à ceux qui auraient l’esprit critique suffisamment développé pour tirer le bon grain de l’ivraie. Ce discours fait le lit des populismes et repose sur une crainte bien réelle : jamais la technologie n’a bouleversé l’organisation de la société si vite.

Au niveau Européen, le Fonds Social donne la priorité de sa redistribution aux catégories vulnérables, notamment les jeunes, la lutte contre les discriminations, la promotion d’emploi durable et de qualité, la lutte contre le chômage de longue durée, contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Ces champs d’action sont majoritairement pris en charge par les acteurs d’utilité sociale en Europe, soutenus par les pouvoirs publics qui leur octroient de moins en moins de subventions, ou les dispersent entre anciens et nouveaux acteurs, à budget constant.

Aujourd’hui, nos associations « historiques » ploient à la fois sous l’extension de leur mission sociale, la baisse de leurs moyens et l’injonction à amorcer une transition numérique indispensable à leur survie. A l’heure où les subventions publiques fondent, la concurrence pour la recherche de financements se fait rude : la communication de collecte, l’optimisation des ressources et les réflexions sur de nouveaux modèles économiques devient incontournable. Les associations sont poussées à se professionnaliser, à s’équiper, à amorcer elles aussi leur transition numérique pour gagner en efficacité au service de leur mission sociale. Les organisations qui travaillent pour le Bien Commun méritent d’être plus agiles et d’obtenir les moyens de leurs ambitions. La transition numérique est un facteur décisif dans le succès de leur mission. Les outils numériques pourraient considérablement améliorer leur impact, mais le manque de ressources est une limite à leur équipement et à la formation des employés et des bénévoles. Les entreprises technologiques peuvent contribuer à ce défi.

De l’autre côté du miroir, certaines entreprises du secteur “Tech”, constituées de plus en plus de “Millenials” en “recherche de sens au delà de l’enrichissement personnel”, s’engagent par le biais de la philanthropie ou de l’innovation sociale “faites maisons”. Mais on retrouve trop souvent un même élan primaire: ces dirigeants et salariés souhaitent sincèrement s’engager mais ignorent les réponses existantes dans le secteur associatif. La croyance qu’une tête bien faite et hautement qualifié peut inventer des solutions efficaces à fort impact social est très répandue, l’expertise sociale souvent méprisée. Cette expertise qui constitue un élément fort de notre patrimoine européen, il est urgent de la reconnaître à sa juste valeur aux associations et entrepreneurs sociaux qui maîtrisent la spécificité de leurs publics mais aussi les freins rencontrés sur le terrain, pour lesquels elles ont souvent développé des solutions. Les experts de l’innovation sociale, ce sont eux. Et le procès en efficacité qui leur est trop souvent fait ne tient pas compte de leurs maigres moyens et de leur ingéniosité à faire beaucoup avec peu.

Si nos entreprises et nos associations innovantes pouvaient collaborer et créer ensemble de la valeur économique et sociale en “circuits-courts”, il y a fort à parier que beaucoup de solutions pourraient changer d’échelle ou émerger. Les exemples ne manquent pas. Or, l’innovation sociale et l’innovation numérique manquent encore cruellement d’espaces de collaboration et d’échange. Quelque soit leur taille, les entreprises et les associations innovantes doivent être incitées à mieux collaborer pour pouvoir inventer ensemble les solutions d’une monde plus équitable et durable.

Nous avons régulièrement constaté une absence remarquable des acteurs d’utilité sociale dans tous les évènements dédiés à la Tech et à la prospective. Nous souhaitons qu’ils y soient davantage représentés car leur transition numérique est vitale pour notre modèle social européen et peut également utilement inspirer les acteurs lucratifs du secteur.

Nous, citoyens européens, voulons une Europe numérique plus inclusive et solidaire, avec l’innovation sociale comme marqueur. Une Europe qui favorise les liens entre tous les acteurs de l’économie et valorise la création de valeur sociale autant que le progrès technologique. Les nouvelles générations ne connaissent pas de frontière entre engagement social, politique et professionnel. Le progrès et la croissance passeront par davantage de justice sociale, d’équité, d’autonomie données à tous les citoyens pour choisir un modèle de société dans laquelle chacun “fera sa part” et sera reconnu comme un potentiel.

Aussi, nous souhaitons que nos institutions européennes reconnaissent et poussent les initiatives sociales innovantes qui existent en Europe comme elles soutiennent la R&D. Et plus loin, qu’elles les intègrent, pour faire de l’innovation technologique et sociale un marqueur fort de l’économie européenne.

Voici quelques propositions/moyens d’action, qui existent déjà ou qu’il serait judicieux de pousser mais qu’il s’agit d’accélérer et de passer à l’échelle européenne :

  • Organiser un Forum européen annuel de l’innovation sociale avec stands, rencontre avec des financeurs et remises de prix
  • Dégager des lignes budgétaires dans le programme de recherche européen pour financer l’action conjointe de la Tech et du milieu associatif.
  • Créer une nouvelle division au sein d’European Institute for Innovation & Technology, dédiée au social https://eit.europa.eu/
  • Pousser la communication institutionnelle sur la nécessaire transition numérique des associations et entrepreneurs sociaux
  • Favoriser les contributions des entreprises à la transition numérique des associations (des dispositifs existent déjà : les pousser et les démocratiser)
  • Soutenir les programmes d’accompagnement pour l’accélération technologique de projets à fort impact social (avec des financements dédiés)
  • Ouvrir les incubateurs tech à des projets à fort impact social et créer de la mixité
  • Mieux intégrer les enjeux sociétaux dans les formations des ingénieurs et développeurs
  • Passer l’ESS à 20% du PIB/des emplois salariés dans tous les pays
  • Industrialiser la fusion entre la tech et l’innovation sociale par le mécénat de compétence croisé pour favoriser l’émergence de licornes de l’innovation sociale
  • Organiser en 2018 un  « Davos de l’innovation sociale » ?
  • Élargir et faire connaître les dispositifs existants comme « Erasmus jeune entrepreneur », en favorisant les échanges entre entrepreneurs tech et sociaux

Le Social Good Accelerator représente un espace d’échange dynamique et créateur de partenariats à forte utilité sociale au sein du Web Summit 2017 à Lisbonne. Un Think & Do tank évènementiel, composés d’associations et d’entreprises, pour imaginer un modèle solidaire et philanthropique et mieux accompagner la transition numérique des acteurs d’utilité sociale.

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